Mercredi 5 février à 19h30--"Close-up"--- à la maison de quartier Bottière


Cycle cinéma iranien 2ème séance 


 
"Close-up"

Réalisé par Abbas Kiarostami 1991 (1h30min)

Avec Mohsen Makhmalbaf, Hossain Sabzian,

* close-up en anglais c'est le "gros plan"





Résumé :
Un homme se fait passer pour un metteur en scène de cinéma pour pénétrer à l'intérieur d'une famille..

« Alors que les Iraniens sont parmi les peuples les plus diabolisés de la planète (avec leurs voisins irakiens), écrivait le critique Américain Jonathan Rosenbaum, leur cinéma commence à être reconnu universellement comme l’un des plus honnêtes et des plus humanistes. »


"Close up" qu’Abbas Kiarostami considère comme son chef-d’œuvre, marque un tournant dans l’histoire du cinéma moderne. C’est un véritable Ovni, la matrice d’un cinéma à venir, un film insaisissable qui brûle toutes les frontières entre la réalité et les chimères, la vérité et le mensonge, le documentaire et la fiction. C’est aussi un film poignant sur le désarroi des déshérités dans un pays en souffrance. Et un témoignage fondamental sur la place singulière du cinéma dans la société iranienne. (Télérama)

SUIVI D'UN DEBAT

NOS COMMENTAIRES APRÈS LE FILM

Alain :
C'est bien le vrai procès de Sabzian qui a été filmé.



Martine
Merci Alain. Etonnant n'est-il pas ??? L’humanité de ce juge iranien est marquante et loin des idées reçues sur ce peuple.
La 1ère image me reste en mémoire : quand l'hôte (nom ?) , dit à Sabzian à la fenêtre du taxi qui l'embarque en prison, qu'il essaierait de l'aider. Avec le recul, il commençait déjà à lui pardonner.
Je garde un goût encore amer de ce film et n'arrive pas à savoir pourquoi???
Les possibilités de jeux et de tromperie entre bipèdes pensants m'étourdissent, me répugnent et m'attirent à la fois, un carrousel à l'image du film ???.
Une espérance, Sabzian est descendu au cœur de sa Vérité, son amour pour le cinéma l'a sauvé.
Bien aimé la remarque d'Anne sur le poids de l'Art dans nos vies.
Je retiens "C’est aussi un film poignant sur le désarroi des déshérités dans un pays en souffrance".

Alain
J’apprécie ta remarque : "Les possibilités de jeux et de tromperie entre bipèdes pensants m'étourdissent, me répugnent et m'attirent à la fois, un carrousel à l'image du film ???. " Car c'est bien le dispositif de "Close-up" de nous en rendre à la fois voyeurs et participants, de nous mettre des deux côtés. Nous sommes pris dans le dispositif d'évaluation simultanément, du juge et de la caméra, tout comme celui de l'instrumentaliser de la part de Sabzian. L'art c'est ça il a cette puissance. Le "carrousel" que tu utilises (le mot déjà ) me renvoie à un psy connu qui utilise aussi ce signifiant dans une signification proche : """Il m’est arrivé de dire au sortir du séminaire, que ce travail sur la jouissance me donnait le vertige . D’où la première partie de mon titre « Le carrousel des jouissances… ».

Elise
Etrange comme film... Je n'ai pas réussi à y entrer... Je pense que c'est la façon dont c'était filmé qui m'a gênée : ces gros plans... beaux, mais trop long... Finalement c'est un documentaire : la caméra filme l'histoire en temps réelle...
Après, j'ai bien aimé la scène de la cannette qui roule sur le bitume : pourquoi : j'en sais rien... Et à la fin du film, lorsque la caméra est en voiture et eux sur la mob. c'est très frustrant de ne pas pouvoir suivre leur conversation... Mais c'est bien fait...
En tout cas, super le débat qui a suivi ! ça a démêlé pas mal de choses pour moi...

Alain
Quel sens peut-on donner à la canette ?



Elise :
On dirait qu'elle vit... Mais elle vit uniquement grâce aux coups qu'elle prend... ça la rend mobile et bruyante et là ça me rappelle tous les bruits de la ville... Il y avait aussi les corbeaux (ou corneilles) que l'on entendait parfois dans le jardin de la famille ; les vacarmes de la circulation... D'ailleurs, j'en reviens à la canette, sa présence accentuait le calme de la rue finalement, parce qu'à part elle, la rue était tranquille et on percevait seulement un peu de souffle dans les arbres...

Alain :
Belle sensibilité sonore.
Autre question : A quels moments au pluriel les choses s’enclenchent-elle ?

Elise :  
Quelles choses ? Il y en a tellement...Mais si ça concerne toujours la canette, à deux reprises elle a besoin d'un bon coup de pied au c... pour avancer... La première fois, c'est le chauffeur de taxi qui la pousse en ramassant des fleurs : elle roule longtemps et on a toujours l'impression qu'elle va s'arrêter... mais non, elle continue jusqu'à avoir un vrai obstacle : le caniveau. Et la deuxième fois, c'est le journaliste qui donne un coup de pied dedans pour la faire repartir...

Martine
Une canette à la trajectoire imprévisible, et au contenu incertain. (bière oh la la, limonade, coca ? gaz hilarant.. tout est permis). Elle dérange en tout cas. Alain =) les choses s'enclenchent, d'après moi, au tribunal.

Alain
Il y aurait sans doute bien des choses à dire et le fait est que nous sommes restés peut-être un peu démuni comme devant un objet non identifié. Qui repousse les limites du cinéma, et ce faisant en exprime aussi les puissances. 

Un autre exemple de cela est mon expérience d'une projection de "Les idiots" de Lars von Trier. Qui joue aussi sur cette ambiguïté. On y voit un rapport homme-femme consenti bien sûr (une pénétration qui n'est pas simulée) dans un film de fiction par exemple. Mais le top pour moi a été de vivre l'atmosphère de la salle une fois le film fini. Les gens étaient comme interloqués, ne savaient plus quoi faire. Je n'ai jamais vécu ça à la fin d'une autre séance de cinéma.

Autre film avec lesquels j'aurai envie de rapprocher "Close up" c'est "A ciel ouvert" le documentaire de Mariana Otero dans la mesure où sa caméra devient participante du processus de soin pour les jeunes enfants psychotiques mis en place au Courtil. Ici il en va de même non plus pour le soin, (encore qu'il s'agit d'une autre forme de soin), mais de la justice. Puisqu'il s'agit de faire saillir la vérité du sujet et oserai-je dire de l'inconscient de la société. La caméra devient le prolongement du regard du juge, une place que le réalisateur donne aux spectateurs de façon très puissante. Nous sommes sans arrêt en position d'évaluation : que me raconte-til ? il nous mène en bateau ? De cette façon comme dans A ciel ouvert nous entrons nous-mêmes dans le dispositif, nous en devenons une pièce. Si bien que je regrette au final d'avoir eu la paluche un peu lourde concernant le film d'Otero. Je trouve que le dispositif cinématographique dont nous sommes quand même un côté essentiel, formidablement interrogé.

Il faudrait faire la carte de tous les espace de toutes la topologie paradoxale que le film met en œuvre ente fiction et réalité. Un cas d'école certes, nous y sommes en situation de maître et d'élève, on pourrait dire : manipulateurs et manipulés ?

Otero fait une belle analyse, en opérant une inversion : elle ne dit pas seulement que sa caméra est le prolongement du dispositif thérapeutique, elle dit aussi que c'est ce dispositif qui est proprement cinématographique du fait que c'est dans l'après coup de l'interprétation de l’événement que la signification se construit.

Qui dit qu'une fiction ce n'est jamais qu’un documentaire sur le jeu des acteurs.
La canette au début du film qui dégringole sur le sol de la rue pentue dans sa portée symbolique m'a agacée : trop facile une pseudo métonymie du film et une grosse ficelle de métaphore, la bobine qui fait démarrer et se dérouler le film qui est à l'image de l'acte de Sabzian : quand la fabulation part dans le bus elle en s'en va comme à vau l'eau, et puis on la reprend cette canette le journaliste par qui l'enquête se mène et le récit du film, l'envoie de nouveau balader. On ne sait pas où sa va comme le destin du personnage, de l'acteur de l’œuvre du film et de la vie of course de cheval. Ça sonne aussi dérisoire au fond que ce son creux... cela s'appelle du grotesque.

En revanche j'ai trouvé sublime la frustration de ne pas entendre toute la conversation au final sur la moto de Makamalbaff et de Sabzian qui en est la doublure comme une métaphore et comme un accident que l'on transforme en performance presque, pas des acteurs mais du cinéma. Là j'ai eu un plaisir qui a redoublé mon émotion quant à l'issue dramatique (heureuse) du film. Se prend pour le prophète ma parole Kiarostami : en tout une sacrée méditation sur la création en écho du film réfractée en film et en vision du film. En construction du regard. Le processus d'évaluation du juge c'est aussi celui du réalisateur, c'est aussi le nôtre devant le film; mais at last le nôtre quand nous en rediscutons. le sens qui est l'objet d'une mise en partage généralisée à rebond et dans l'après-coup et sur n'importe quelle séquence de son dispositif. Bravo monsieur Kiarostami et à vous tous toutes grâce à qui je m'en rends compte. Sur le fond : la regard n'est pas que clivage, il est réfraction.

J'ai lu ailleurs dans une autre étude critique du film que le procès lui-même aurait été reconstitué perso j'en doute mais je ne sais pas ce qui finalement est le plus fort, que ce soit l'un que ce soit l'autre ou encore que cela reste dans l'indécision, comme l'objet du procès de savoir si c'est un délit : dans la position du K du procès de Kafka où le gars persuadé de son innocence n'en est pas moins dans l’énigme du fait d’en être l’accusé comme si à travers lui c’est quelqu’un d’autre que l’on accusait, ou bien comme s’il était à côté non pas de sa vie mais de son existence même. Car de sa vie il est en plein. Mais pour exister il doit faire tout un détour, dont la frustration fait partie, et le décalage, et le fait d’être toujours plus ou toujours moins, jamais adéquat à la personne qu’il est. Cela dépasse la simple re-présentation et le jeu de masque (de Farahi dans la séparation par exemple), cela atteint la présentation même, inscrite dans la re-présetnation, comme s’il fallait que cela se double s’y réfracte s’y rejoue pour que cela viennent à paraître. La différence radicale entre soi et son image par exemple. La différence entre soi et ses actes aussi bien. Mais qui fait qu’à partir de là aussi bien on peut comme il le fait très bien les revendiquer, et les pro-duire. Je veux dire que là ce qui interpelle c'est que l'énonciation il y en des marques dans l'énoncé : la posture ou l'acte de mettre en scène en viennent à se figurer (c'est valable pour la canette mais de façon selon moi plus facile). En même temps que vient à se figurer selon moi le regard du spectateur à l’intérieur du film. "Comment est-ce possible" dit Satzuki la plus grande des sœurs du film de Miyazaki lorsque accrochées à Totoro elles s'élèvent dans le ciel.

Christian
Documentaire très intéressant sur le cinéma iranien diffusé mercredi dernier :
Il était une fois "Une séparation" à revoir sur ARTE+7
http://www.arte.tv/guide/fr/050355-000/il-etait-une-fois-une-separation?autoplay=1

Alain
Dans "close up" c'est un peu comme dans "une séparation", il y a de la mise en abîme. D'autre part de la même façon les personnages rentrent dans une mécanique infernale qu'ils construisent avec les circonstances. La canette me paraît être la métaphore, l'idée de cet enchaînement dans "close up". Sauf qu'il traverse tous les plans du dispositif cinématographique et pour le coup "réfléchit" ce dispositif. Nous y sommes impliqués "enrubannés" en tant que spectateur(trice). La figure de ça ce sont les panoramiquess et travellings qui accompagnent le déplacement de la motocyclette aussi bien que les plans intérieurs du bus qui accompagnent son déplacement dans le champ contrechamp de Sabzian et de la femme qu'il enrubanne. Ce ruban c'est le récit. La canette me semble en être la bobinette avant que la chevillette ne cherre. Dans le fond une histoire de loup et de grand-mère où le désir mis en partage est le cinéma. Désir de cinéma et cinéma du désir. Le chauffeur de taxi (encore du déplacement) tape du pied dans la canette, suivi plus tard du journaliste qui tire le fil de l'enquête. Notre regard en fait partie, devient évaluateur à se demander si c'est du lard ou du cochon à tous les niveaux. Avec la conscience d'être manipulés, nous devenons libres. C'est à dire que nous ne cessons d'interroger les codes du dispositif cinématographique dans un équilibre instable, inconfortable, dans une "intranquilité" , à la fois dehors et dedans. Nous respirons, nous nous y abandonnons de nouveau, quand la musique ramasse la donne à la fin, très fort !. Cette donne, la canette qui l'introduit en délivre une image. Elle en est la signification objective et construite. En même temps c'est une métaphore ouverte, car nous nous y projetons à plusieurs niveaux ; celui par exemple du cours grotesque des "choses" des événements où plus que du mal de vivre nous avons peine à exister, car nous devons passer, pour avoir l’image de notre mise en scène, par le regard d'un autre. C'est ce que Serge avait de suite capté dans la projection du film d'art contemporain "le cours des choses", où on suivait l’écoulement et l'écroulement, d'objets usuels pendant une demi heure, disposés à la façon d'une suite de dominos. Il avait capté que l'enchaînement et la chute était à l'image de notre destin.
Le regard de l'autre construit notre mise en scène. C'est ce qui se passe dans le bus entre cette femme et cet homme mais pas seulement dans le bus. On pourrait faire l'inventaire de la construction du regard dans le film.

Accès Maison de quartier Bottière :
148 route de Sainte Luce (à l’angle de la rue du Croissant et de la route de Ste Luce , le grand bâtiment en bois)-
Bus ligne 11 Arrêt Bois Robillard
Tram ligne 1 Arrêt Souillarderie.

Contact : Tel 02 51 13 67 15

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