mercredi 5 Mars Maison de-quartier Bottière-les-enfants-de..


Les enfants de Belle Ville
Film iranien d'Asghar Farhadi (2004)
1 h 41

Résumé
Akbar est jeune, il vient d’avoir 18 ans, mais Akbar est condamné à mort. Alors qu’il attend son exécution dans une prison de Téhéran, son meilleur ami et sa sœur vont tenter d’obtenir le pardon du père de sa victime, seul moyen pour lui d’échapper à son destin.

Les commentaires après la sortie :

Elise
J'ai apprécié que le réalisateur montre toute l' ambivalence entre la religion et la loi... Autre chose, la position de l' Imam est très importante dans le sens où il porte la parole des écrits (le Coran) : et le Coran dit : il faut pardonner... Mais c'est important qu'il ait montrer aussi à quel point il peut-être difficile de pardonner : et ce, même pour un croyant... J'ai vu, il y a quelques jours "Philoména" : un personnage qui va vivre quelque chose de douloureux principalement à cause de l'institution religieuse : et bien, elle va exprimer son pardon à la soeur... parce qu'elle est croyante et que c'est évident pour elle de pardonner pour être en Paix... C'est un comportement que j'admire parce qu'à sa place je n'aurais pas été capable de le faire... Mais, et il y a un mais... On comprend qu'elle se détache de l'emprise de l'institution religieuse lorsqu'elle demande au journaliste de publier son histoire... Et c'est tout le problème : entre les écrits et ce que les institutions en font, il y a souvent un gouffre : heureusement, sur le terrain, il y a des Imams, des Rabbins et des Prêtres qui savent exprimer la parole des écrits, et pas forcément celle de leur institution...
Euh bon, excusez-moi, je devis pas mal là...
Mais cette question du pardon, elle n'est facile pour personne...
Sinon, le personnage du père qui a perdu sa femme puis sa fille est touchant : il est renfermé dans son deuil et ne voit plus les autres autour de lui : il refuse d'aller de l'avant... Il refuse la vie, alors qu'il est croyant : c'est contradictoire...
Mais là encore, chacun réagit comme il peut aux difficultés de la vie : avec force ou faiblesse...
Un film très beau... Qui m'a émue...
              
Danielle
Le pardon du père,tout le monde l'attend..mais sommes nous tous capables de pardonner...2 ans c'est long quand on est muré dans la douleur...mais que c'est long quand on a 18 ans...aussi et que l'on peut être condamné..
Certes le contexte culturel et religieux sont très présents..mais libérés de ces principes,sommes nous libérés de nos sentiments profonds?
L'amour n'est point un parcours lisse sans épine...cela se saurait...
mais lisse serait 'il aussi profond?
Quant à la mère est 'elle aussi machiavélique que dirait Michelle?Peut être un peu opportuniste...mais face à l'injustice qu'elle vit,est ce anormal?
Je suis persuadée qu'en tant que mère dans ce cas, j'utilise toutes les ficelles à ma portée.

Ella
Je trouve que la position de ce père qui a perdu sa femme, puis sa fille, n'est pas facile du tout, il souffre, OK il est muré dans sa souffrance, mais on lui demande de pardonner très rapidement parce que de l'autre côté, du côté du meurtrier il y a urgence, parce qu'il risque d'être exécuté, ce père a peut-être besoin de temps, certains ont besoin d'une vie entière pour pardonner et d'un autre côté, je me demande s'il n'avait pas été ainsi,"boosté" s'il aurait pardonné.
C'est un très beau film, intéressant.
              
Hélène
Très contente de me dire que j'ai encore beaucoup de films d'Asgar Farhadi à découvrir J'ai été fortement impressionnée par celui-ci où aucun des personnages principaux ne reste ce qu'il est au départ : tous évoluent, par la force des circonstances , par force d'âme aussi .
Ala , qui avec la fougue et la candeur de sa jeunesse , déclare d'abord que lui va réussir à faire plier le père, ne sait plus ce qu'il doit faire quand il se trouve devoir renoncer à son amour - la sœur de son ami - pour le sauver ( cela nous rappelle effectivement Corneille et les tragédies grecques ).
L' Imam qui tout d'abord invoque un Dieu miséricordieux et une loi supérieure aux lois humaines en vient cependant à dire , quand il se rend compte que le contrôle de la situation lui échappe, que c'est peut-être un bien pour la société qu'un mauvais élément soit éliminé.
La seconde femme du père qui, d'abord écrasée par le poids de l'autorité masculine, se relève quand elle réalise qu'elle a en Ala un allié objectif et ose proposer une solution qui lui permet de sauver sa fille -solution pragmatique peut-être moins noble que le sentiment qui habite Ala et proposée de manière non frontale certes mais qui permet aussi au père au final de ne plus se sentir doublement victime ( il donne son pardon en échange d'un sacrifice et n'a plus à payer le prix du sang ) .
Ce dernier me parait être, avec Ala, le personnage le plus attachant du film, parce qu'il pardonne d'abord alors même qu 'au départ il n'est pas question d'un échange : il est un peu ébranlé par la constance d'Ala mais surtout cède dès que celui-ci se met à sa place à lui et , renonçant à lui demander son pardon , lui demande d'au moins abréger les souffrances de son ami et de l'absoudre après son exécution . Ala est le premier à dire- peut-être par ruse mais aussi habité par la compassion pour cet homme - ce qu 'il attendait : les autres lui parlent de leurs sentiments pour le meurtrier de sa fille , de la jeunesse du meurtrier,de la supériorité de la loi divine mais aucun n'essaie, avant Ala, de trouver le chemin de son cœur.
Mais outre le pardon qu'il finit par donner, ce qui rend le père attachant c'est aussi paradoxalement qu'il tienne tête aussi longtemps :il ose dire qu'il trouve injuste d'avoir à payer le prix du sang, il ose manifester son désaccord avec l'Imam alors même qu'on le sent profondément religieux, il ose envisager de mettre sa famille à la rue et de subir la réprobation générale avant de finalement pardonner.

Michèle
Purée, j'avais écrit un commentaire, je le publie et il n'apparaît pas !!!!
Il a disparu !! Je n'ai pas le courage de recommencer et puis j'ai oublié tout ce que j'avais pensé et écrit !
Farhadi a l'art de nous mettre dans un état de tension, comme si nous étions en train de regarder un polar, alors que le rythme du film est assez lent. Nous sommes pris dans les rebondissements de l'intrigue, selon l'évolution de chacun des personnages. Nous sommes happés, Frarhadi a l'art de nous prendre par l'esprit et le coeur dans un récit où chaque protagoniste inspire de l'empathie.
Chaque personnage a ses raisons que nous ne pouvons pas juger; ni rejeter, ni approuver totalement; car elles sont légitimes. Tout est complexe, cette complexité est certes générée par la complexité de la société iranienne; mais elle est universelle. Elle est nôtre. Qui a raison ? Qu'est-ce qui es juste ? Personne ne peut le dire, en tout cas pas moi. Est-ce important de le savoir ? Non ! Et c'est cela aussi que nous dit Farhadi, et cela nous trouble; longtemps..... Un "morceau" de nous reste en Ala, Akbar, le père et tous les autres.
Les rideaux de la fenêtre volent, la sonnette vrille les oreilles à intervalles irréguliers tandis que deux pièces du mobile s'entrechoquent au dessus du berceau, comme comptant les minutes. L'enfant est calme, il dort, une cigarette s'allume.... Une scène d'une intensité dramatique colossale, digne de certains grands classiques du western... Purée, n'est-ce pas extraordinaire le cinéma en général et celui de Farhadi en particulier ?

              
Hélène
Complexe est le mot juste , Michèle, et ce qui fait la grandeur du film est que le point de vue de Farhadi n'est jamais manichéen et que ,sans jamais porter de jugement implicite sur aucun de ses personnages, il nous livre un récit dans lequel nous nous reconnaissons, tous aussi imparfaits que nous sommes.
Libre à chacun après d'avoir plus d'empathie pour tel ou tel personnage ,c'est aussi çà que le cinéma -comme le roman- nous apporte : pouvoir s'identifier à un personnage qui ne nous ressemble pas forcément mais dont on admire tel ou tel trait de caractère et qui nous fait grandir dans nos relations quotidiennes avec les autres.

Critique  Presse
"Force est de constater qu'en 2004, année de ces "Enfants de Belle Ville", Farhadi avait déjà une intelligence du récit hors du commun. (...) C'est tout simplement passionnant. (L’express) toute la Critique
 

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