Le bouton de nacre




Mardi 3 novembre au Concorde à 18h35 "Le bouton de nacre"


LE BOUTON DE NACRE

Réalisé par Patricio Guzmán.

Documentaire. France, Chili, Espagne. 2015 - 1h22 - VO


Le bouton de nacre est une histoire sur l’eau, le Cosmos et nous. Elle part de deux mystérieux boutons découverts au fond de l’Océan Pacifique, près des côtes chiliennes aux paysages surnaturels de volcans, de montagnes et de glaciers. A travers leur histoire, nous entendons la parole des indigènes de Patagonie, celle des premiers navigateurs anglais et celle des prisonniers politiques. Certains disent que l’eau a une mémoire. Ce film montre qu’elle a aussi une voix.

Une presse excellente ici : Presse « Impressionnant. Voilà le seul mot qui puisse espérer décrire l’intelligence, la beauté, et l’humanité profonde du dernier opus de Patricio Guzmán ». Nicola Brarda Critikat

Nos commentaires :

Marina :

Le Bouton de nacre : A l'extrême Sud du CHILI, l'humidité, l'eau et le froid ont accompagnés les hommes et les civilisations  des peuples autochtones (los pantagones) en Terre de Feu. Avec l'arrivée des colons, Jemmy BUTTON séduit par un bouton de nacre, sera expédié en Europe vers 1830, son retour un an plus tard sonnera déjà la fin de son peuple, et plus encore les décennies suivantes;  le second BOUTON sera retrouvé en 2004, sur l'un des rails, qui servait de lest aux corps des opposants pour mieux les engloutir. (morceau de fer d'environ 30 kilos)

J'ai tout particulièrement été sensible aux passages où:
*Les photographies des peuplades du Sud nous permettant d'imaginer un peu de leur vie, mais aussi les atrocités octroyées par les colons ...
*( cette survivante du peuple Kesqwar évoquant sa langue ( où Dieu et Police ne figurent pas!)), une goutte d'EAU (capturée depuis 3000 ans dans le quartz),
l'EAU comme unique moyen de déplacement d'île en île en canoë, mais aussi L'EAU des "rugissants" au Cap Horn.
* L'EAU mise en SON et MUSIQUE par Claudio Mercado, (à la manière des ethnies actuelles de Mongolie et Sibérie ) et surtout L' EAU Mémoire (en communion avec son peuple, mais aussi empreinte des actions néfastes perpétuées contre lui) nous précise le poète Raul ZURITA
(lui-même incarcéré, torturé, et marqué dans sa chair) - d'où notre responsabilité commune à tous.
* J'ignore si les morts Indiens et les morts de Pinochet ont rejoints une planète du Cosmos, et voguent sur leurs canoës,
ou se sont transformés en étoiles, (comme le laisse supposer le réalisateur) , qui en tout cas telle une fable, l'imagine.

Patricio GUZMAN a reçu l'OURS d'Argent en 2015 : prix du meilleur scénario documentaire à Berlin. Comment évoquera-t-il le Centre du CHILI, avant 2020 si tout va bien! ... dans un prochain film?  En ces autres lieux, où se cachent encore et encore des corps ... afin de ne pas laisser de traces bien sûr!

Comment son propre pays recevra-t-il ce film... sera-t-il un "j'accuse" retentissant???
Patricio GUZMAN exilé chilien, ne cesse depuis 1973, d'interroger en images, en sons, et en voix son PAYS,  et surtout le Monde entier au sujet des massacres infligés au peuple chilien et des coupables impunis des années de plomb.

Il a filmé les éléments de la Nature, souvent hostile, et la beauté des paysages; les sons comme pour nous dire que l'image ne peut pas tout, et que l'effroyable est ailleurs! Le sujet est certes grave, pourtant le ton des témoignages reste calme et apaisé.

Un livre rare qui brûle au sein d'une bibliothèque, est une perte terrible pour l'humanité,
(une mémoire envolée à jamais, précisait mon père) dans le même temps, j'ai aussi appris très jeune,
qu'un peuple qui est anéanti... est perdu à jamais, c'est un génocide. Et si par malheur, une dictature s'installe en un pays, exterminant l'adversaire, c'est une terrible tragédie indescriptible et irréparable.

Pour moi, P GUZMAN est le nouveau KLARSFELD (couple Serge et Beate ) du continent sud-américain,(bien que déjà un peu âgé)
utilisant certes d'autres moyens ... Mais en portant un tel patronyme, avait-il le choix? Pouvait-il se taire, sans agir?

Nous, Français avons toujours la chance de vivre dans un pays en paix, (enfin nous, de ce côté-ci de L'Europe)  disposant encore de cette liberté sacrée, faisons donc en sorte de ne jamais la perdre, et de la transmettre avec tout notre élan, et notre force, aux générations suivantes.

Voici MON CRI DU COEUR... MERCI pour ces deux derniers films. Et s'il fallait le préciser, je tiens à redire que rien que pour cela, et surtout pour cela il faut poursuivre, et ne pas s'arrêter en si bon chemin. 

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Alain :
Là où il faut se réjouir je me lamente. Là où il faut se lamenter je me réjouis.
A plusieurs on réchauffe l'espérance on la fait se lever...  c'est parce que nous prenons en charge le négatif et le réel qu'elle peut se lever.
Je me souviens d'une des toutes premières remarques de Claudine il y a 7 ans, en 2008 peut-être concernant l'appel à la décision populaire (le plusieurs) où elle disait sa crainte que cela accouche sur du totalitarisme ou de la barbarie (on pense à l’élection d'Hitler en 1933 par exemple). Et pourtant c'est là que nous entrons.. dans le "plusieurs". Cela accouche de nouveaux dictats certes ET de quelque-chose qui n'a jamais existé qui émerge à une vitesse étonnante. Pour moi l'émergence historique de la conscience - dont on nous rebat les oreilles à l’appeler "pleine" - date de 2008. Date à partir de laquelle le déni collectif n'est plus possible concernant le destin de l'humanité. Nous ne sommes jamais que 7 ans après.

Je retiens du film que notre nouvelle spiritualité c'est la poésie, notre pouvoir de création de mettre des mots et des images sur les aspects joyeux réjouissants de nos existences tout aussi bien que sur les aspects les plus sombres. Je retiens ceci que "Dieu" non ça n'existe pas dans la culture de cette femme amérindienne. Que dans le fond la bonne nouvelle c'est qu'il est descendu sur terre. Et quoique les autochtones de Patagonie le savaient déjà, il  a fallu à la culture européenne faire un sacré détour pour se détacher des savoirs cosmiques ancestraux puis le faire redescendre à notre hauteur dans le plan de toute chose comme le montre ce beau documentaire. Tandis que le film déplie le poids énorme de la victimisation, il pointe que celle-ci n'est pas forcément reproductible si nous consentons à y plonger notre regard. Cela parle de nous par le détour de l'histoire et du cosmos. C'est la différence avec ces peuples natifs qui ne font le détour QUE par le cosmos, avec un savoir que nous avons perdu ; tandis que nous avons cette dimension supplémentaire de l'Histoire. Leur sens de la communauté n'est pas le nôtre. Le nôtre est naissant. Le retour réactionnaire à de veilles identités de groupes, nationales, régionales, culturelles, religieuses etc.. montre que  quelque chose émerge, au moment où ces vieux oripeaux se réactualisent. L'enjeu c'est la peur. On a raison d'avoir peur. Mais s'en remettre à un sauveur est criminel. Voilà la façon dont j'entends le mot de "responsabilité" émis dans le film par le personnage du poète, une responsabilité personnelle et pourtant collective.

De notre fragilité nous prenons conscience sur tous les plans, cosmique, animal, personnel, politique, historique et en tant qu'espèce.
Cette conscience n'est pas tiède. Bien au contraire, vivante fraiche bouillonnante, vertigineuse, étourdissante. On a l'impression de ne plus avoir de terre sous les pieds ; en un quart de seconde tout peut s'inverser, des racines sous les talons nous poussent qui se prolongent par delà le sol notre histoire intergénérationnelle, traversent les profondeurs de la Terre jusqu'aux confins de l'univers. C'est cet arc que Guzman nous tend, entre le plus fragile et l'Ensemble, entre notre mortalité et l’éternité ? du moins notre énigme. Que celle-ci soit tendre.

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